L’hommage de Franko aux femmes battues

Je ne comptais pas publier de nouvel article sur un artiste camerounais avant au moins deux semaines, mais vu la thématique du nouveau single de Franko, j’ai dû déroger à la consigne que je m’étais fixé.

« Faut pas taper sur madame » c’est ainsi que s’intitule le tout dernier single de l’artiste camerounais Franko sorti ce 18 Juillet. Déjà connu pour ses deux derniers singles festifs – Coller la petite et Téléphone – Franko revient cette fois-ci avec une chanson aux mélodies plus harmonieuses et un rap plus posé pour rendre hommage aux femmes battues et dénoncer le calvaire que celles-ci vivent.

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Franko

Les violences faites aux femmes sont récurrentes dans mon pays le Cameroun, mais aussi ailleurs sur le contient (et dans le monde en général). Dans nos sociétés patriarcales et phallocratiques, on a tendance à donner tous les droits aux hommes, négligeant et oubliant ainsi la place que la femme doit tenir dans toute société où chaque individu est égal devant la loi.  Les femmes dans nos pays, on les aime quand elles sont douces, dociles, calmes et soumises. Dans nos « traditions » et « coutumes » la femme a tendance à être vue comme un objet qui appartient à son homme. Une fois mariée, elle est soumise à l’autorité de son mari et lui doit obéissance. C’est dans ce contexte que se produit parfois en toute légitimité (et non pas légalité) des violences à l’encontre de certaines femmes tout simplement parce qu’elles ont osé contredire leur époux.

 

La violence expliquée par Franko.

D’entré de jeu, le ton est donné : « hommage à toutes les femmes battues ».

Les paroles de cette chanson sont poignantes car on sait que Franko s’attaque ici à un phénomène répandu dans nos sociétés qui ne mérite plus d’exister. Alors qu’habituellement on s’attend à ce que Franko nous fasse rigoler, là son ton est sérieux, cette chanson n’est pas une plaisanterie. Les mots qui sortent de sa bouche laissent paraître dans nos têtes des scènes de violences auxquelles nous n’aimerions pas assister. Tout est imagé, la voix n’est pas suave mais les textes de l’auteurs parviennent quand même à se glisser en nous afin qu’on puisse ressentir les douleurs de ces femmes déshumanisées.

La violence que l’artiste dénonce, on la ressent dans des tournures de phrases tels que : « à cause de tes coups de poings elle a déjà mal à la tête » ou encore « le mariage n’est pas un champ de guerre, arrête de prendre ta femme pour ton adversaire ». Par ces quelques vers saisissants, vous êtes plongés dans une réalité déplorable de la vie de certaines femmes. Le refrain, encore plus imagé et poignant reprend le titre de la chanson auquel l’artiste rajoute « elle n’est pas un tam-tam » pour dire que les femmes ne sont pas des objets.

Un dialogue d’homme à homme.

En réalité, plus qu’une chanson militante contre les violences faites aux femmes, Franko s’adresse directement aux hommes qui lèvent la main sur leurs conjointes afin que ses mots trouvent un meilleur écho. À ces hommes, il leur prodigue des conseils comme le fait que « dans un couple on a pas besoin de violence pour se comprendre », ou encore le fait qu’être le chef de famille (statut attribué au mari par le code civil camerounais) ne « donne pas le droit de faire n’importe quoi » car « le respect d’une femme ne se gagne pas avec des coups de poings ».

Par ailleurs, il essaie aussi de comprendre le comportement de ces hommes qui une fois casés deviennent violent alors que certains d’entres eux n’ont pas hésités à remuer ciels et terres pour conquérir leur belle. Franko nous fait revenir par la même occasion sur l’essence de l’amour, du mariage et du concubinage car il n’arrive pas à comprendre que l’on puisse frapper une femme qu’on dit aimer et qu’on a choisi d’épouser — après tout le mariage ne doit pas être forcé, mais être un choix—.

L’impacte d’une telle chanson.

J’ose réellement espérer que cette chanson suscitera autant d’engouement que Coller la petite car elle traite un sujet qui est délaissé dans le débat public. Je n’ai pas eu besoin d’écouter cette chanson plusieurs fois pour qu’elle puisse me parler et me toucher, d’où la motivation qui m’est venu pour rédiger ce poste un lundi soir. J’aime penser que chaque artiste crée une musique qui reflète ou qui symbolise sa génération. De ce fait, il faut avouer que les violences domestiques faites aux femmes font parties des fléaux dont notre génération a hérité et qui méritent d’être dénoncés, condamnés et éradiqués. Du haut de ses 28 ans, Franko vient une fois de plus saisir l’attention des jeunes et des vieux du Cameroun (et d’ailleurs) non pas pour nous faire danser comme à son habitude mais pour nous faire réfléchir. Le rôle premier d’un artiste n’est pas de faire la morale car l’artiste est libre de véhiculer le message qu’il veut – chacun ses goûts – mais tout le monde sait que c’est toujours mieux d’être érigé en modèle.

Mots de la fin

Lorsqu’on sait comment sont traitées certaines de nos sœurs, cousines ou encore tantes dans leurs foyers (ou relations amoureuses), nous ne pouvons que remercier Franko pour cette chanson qui viendra relever le débat sur les violences faites aux femmes au Cameroun mais aussi ailleurs étant donné l’étendue de l’influence acquise depuis coller la petite. Si au début de sa notoriété coller la petite lui a valu quelques critiques en ce qui concerne l’image dite dégradante de la femme véhiculée, je pense que grâce à Faut pas taper sur madame il se rattrape bien et redore son image. En plus de cela, s’il y a quelque chose de bel et bien certain ; c’est sa démarche car elle m’a l’air sincère.

Après s’être autant investi dans l’écriture de la chanson, j’espère qu’il fera appel à un bon réalisateur pour le vidéogramme de ce titre car en Afrique, on a besoin d’images pour toucher à un public plus vaste et pour vendre.

 

Sincèrement,

Bayn

 

 

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